Créer une app
Qui est propriétaire du code source de votre application ?
Vous n'êtes pas automatiquement propriétaire du code source de votre application, même si vous l'avez payée.
En droit français, les droits d'auteur appartiennent à celui qui écrit le code. Le fait de commander et de régler un développement n'y change rien.
Pour devenir propriétaire, il faut une clause de cession écrite, détaillée, dans le contrat. Sans elle, votre prestataire conserve des droits sur ce que vous croyez posséder.
C'est la mauvaise surprise la plus coûteuse du développement sur mesure. Voici comment l'éviter.
Pourquoi payer ne suffit pas
L'article L111-1 du Code de la propriété intellectuelle est sans ambiguïté : l'existence d'un contrat de commande ou de louage d'ouvrage ne déroge pas au droit d'auteur.
Autrement dit, le développeur reste titulaire des droits sur son code, sauf cession expresse.
C'est contre-intuitif, et c'est précisément pour ça que tant d'entreprises se font piéger. On paie une facture, on reçoit une application qui fonctionne, on suppose qu'elle nous appartient. Juridiquement, pas nécessairement.
Le raisonnement du droit d'auteur est le même que pour un tableau : acheter l'œuvre ne vous donne pas le droit de la reproduire ou de la modifier.
Ce que vous risquez concrètement
Sans cession valable, vous êtes en situation de dépendance vis-à-vis de votre prestataire.
- Vous ne pouvez pas confier l'évolution à quelqu'un d'autre. Changer de prestataire suppose de modifier le code — donc d'exercer un droit que vous n'avez pas.
- Vous ne pouvez pas revendre l'application ni la céder lors d'un rachat de votre société.
- Vous ne pouvez pas la réutiliser pour un autre projet, ni en dériver un nouveau produit.
- Votre valorisation en souffre. Un investisseur ou un repreneur vérifie qui détient la propriété intellectuelle. La réponse « on ne sait pas » fait chuter le prix.
Le scénario classique : la relation avec le prestataire se dégrade, vous voulez partir, et vous découvrez que partir signifie tout reconstruire.
Ce que doit contenir la clause de cession
L'article L131-1 du même code impose une rédaction précise. Une formule vague du type « le client devient propriétaire du code » ne tient pas.
Concrètement, la clause doit énumérer distinctement chaque droit transféré — reproduction, représentation, adaptation, modification — et délimiter le domaine d'exploitation.
Une cession rédigée à la va-vite est une cession fragile.
Les six points à vérifier avant de signer
Reprenez votre devis ou votre contrat et cherchez ces éléments.
1. Une clause de cession existe-t-elle ? Si le mot « cession » n'apparaît nulle part, vous n'avez rien. 2. Les droits sont-ils listés un par un ? « Tous droits » ne suffit pas. 3. La cession couvre-t-elle la modification ? C'est le droit dont vous aurez besoin en premier. 4. La durée est-elle la durée légale des droits ? Une cession de trois ans vous piège à l'échéance. 5. Le territoire est-il mondial ? Une cession « France » bloque un déploiement international. 6. La livraison du code est-elle prévue ? Posséder les droits sans avoir les fichiers ne sert à rien. Exigez la remise des sources et des accès au dépôt.
Ce dernier point est souvent oublié. Droits et fichiers sont deux choses distinctes : on peut détenir l'un sans l'autre.
Le cas des salariés et des freelances
La règle change selon le statut de celui qui écrit le code.
Un salarié : pour les logiciels créés dans le cadre de leurs fonctions, les droits reviennent à l'employeur. C'est une exception prévue par la loi, propre au logiciel.
Un freelance ou une agence : aucune dévolution automatique. Il faut la cession écrite. C'est le cas le plus fréquent, et le plus risqué.
Un stagiaire : ce n'est pas un salarié. Sans convention prévoyant la cession, les droits restent chez lui.
Comment prouver que le code est à vous
La cession règle la question du droit. Reste celle de la preuve, en cas de litige.
Le dépôt auprès de l'Agence pour la Protection des Programmes donne une date certaine à votre création et constitue un élément de preuve reconnu par les tribunaux français.
Ce n'est pas obligatoire, mais c'est peu coûteux au regard de ce que représente une application métier.
Ce qu'on fait chez Neova
La cession complète des droits est prévue au contrat, sans supplément, et le code vous est livré avec les accès au dépôt.
Notre position est simple : vous avez payé le développement, l'application est la vôtre. Y compris le jour où vous décidez de travailler avec quelqu'un d'autre.
Un prestataire qui refuse de céder les droits, ou qui reste évasif sur la question, vous dit quelque chose sur la relation qu'il envisage.
Ce qu'il faut faire cette semaine
Si vous avez déjà une application développée par un tiers :
1. Relisez le contrat et cherchez le mot « cession ». 2. Si vous ne le trouvez pas, demandez un avenant. La plupart des prestataires sérieux acceptent. 3. Vérifiez que vous avez bien les fichiers sources et les accès, pas seulement l'application en ligne.
Si vous êtes sur le point de signer : ajoutez la clause avant, jamais après. Une fois le projet livré, votre pouvoir de négociation a disparu.
Si votre projet démarre tout juste, prenez le sujet dans l'ordre : notre guide pour créer une application sur mesure place cette vérification au bon moment, avant le choix du prestataire.
Cet article donne des repères généraux sur le droit français applicable. Pour un contrat précis ou un litige en cours, consultez un avocat spécialisé en propriété intellectuelle.